« La question de l’impact intervient à chaque étape de notre processus d’investissement, au même titre que la pérennité économique des entreprises que l’on étudie : due diligence, décision d’investissement, définitions avec le dirigeant des critères d’impact qui seront inclus dans notre pacte d’actionnaires, suivi et reporting, obligation de moyens mis en œuvre pour poursuivre l’impact après notre sortie. C’est un critère de décision et d’arbitrage qui nous permet de réaliser les bons investissements, en cohésion avec notre thèse d’investissement », explique Danaé Becht.
Cette exigence se retrouve également chez Mirova, où l’analyse d’impact constitue le premier filtre de sélection des projets. Dès la phase d’investissement, un business plan dédié à l’impact est élaboré en parallèle du business plan financier pour fixer un cap assorti d’objectifs aux participations accompagnées. « Tout au long du processus d’investissement, nous récoltons et traitons des données qui nous permettent de suivre et de mesurer l’impact mais aussi, plus largement, de challenger les entreprises d’un même secteur sur des enjeux communs », ajoute Judith-Laure Mamou-Mani.
Concrètement, plusieurs outils existent pour évaluer l’impact, à l’instar de la grille d’analyse des risques développée par l’Impact Management Platform (IMP), un forum regroupant les grandes organisations internationales actives autour de l’investissement à impact. Néanmoins, l’impact social d’un projet reste complexe à mesurer car il nécessite de prendre en compte à la fois des aspects qualitatifs et quantitatifs, voire de développer des indicateurs spécifiques.
Pour Neosilver, une société qui favorise le lien social et prévient la perte d’autonomie des personnes âgées1, l’impact social est par exemple corrélé à la progression du bien-être des seniors. Mais comment mesurer le bien-être ? « Nous nous sommes fait aider par des équipes de recherche et des consultants pour définir un indicateur consolidé sur le bien-être, qui puisse être transposable à d’autres entreprises et secteurs d’activité », précise Judith-Laure Mamou-Mani. Mirova dispose en effet d’un centre de recherche interne qui crée des indicateurs d’impact sociaux et les partage en open-source, tout en réalisant un travail important de recensement d’études scientifiques, d’économétrie et de comparaison d’indicateurs émanant de différentes régions du monde.
Alenvi, une société du portefeuille de Phitrust, s’est quant à elle attelée à un triple impact : revaloriser le métier des auxiliaires de vie, essentiel au quotidien, déployer des formations pour ces acteurs du care, et déployer des maisons partagées pour accueillir des personnes atteintes d’Alzheimer dans lesquelles travaillent des auxiliaires formés et salariés. Le tout en essayant autant que possible de proposer une tarification adaptée aux ressources des personnes âgées. Mais comment mesurer de tels impacts ? Pour y parvenir, Alenvi s’est doublement engagé dans cet exercice, à la fois pour eux-mêmes et pour leurs financeurs présents et futurs : sur une base très quantitative (SROI) et aussi en développant leur propre indice d’alignement humain pour s’assurer que la manière d’exercer leur métier était conforme à leurs valeurs et source de bien-être.
En l’absence de taxonomie sociale à l’échelle européenne pour orienter les décisions d’investissement dans ce domaine, les deux invitées recommandent donc de s’appuyer sur une combinaison d’indicateurs spécialisés et standardisés, voire d’en co-construire avec les entreprises, pour assurer un suivi d’impact à la fois quantitatif et qualitatif dans la durée. Pour cela, les indicateurs sélectionnés doivent être les plus pertinents possibles au regard de l’activité, transposables à d’autres entreprises, en nombre resserré, et prendre en compte d’autres aspects que le chiffre d’affaires.