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Le club Digital. For Good est un espace d’échange autour des sujets de sobriété numérique et de digital à impact.

Au programme :  décarbonation, économie des ressources, éco-conception, finance responsable et éthique numérique. De quoi parle-t-on ? Quels objectifs se donner ? Et quelle place pour la technologie dans cette équation ?

Ce nouveau débat réunissait Judith-Laure Mamou-Mani, Senior Investment Director chez Mirova et Danaé Becht, Chargée d’investissement senior chez Phitrust, qui ont échangé sur l’investissement à impact social et les méthodes utilisées pour évaluer les externalités positives des projets accompagnés.

La finance durable : un levier pour l’entrepreneuriat social ?

Décarbonation des modes de transport, économie des ressources, lutte contre l’isolement, développement de l’accès aux soins, amélioration de la qualité de vie, renforcement des liens intergénérationnels… les défis sociaux et environnementaux sont nombreux et, bien souvent, interconnectés. 

Dans ce contexte, la finance durable a un rôle à jouer. En encourageant la prise en compte de critères extra-financiers dans les décisions d’investissement, elle constitue un levier d’action et de transformation de l’économie vers un modèle plus vertueux.

L’investissement à impact va plus loin. Il permet en effet d’accompagner le développement d’entreprises qui contribuent par leur action à l’émergence de pratiques plus durables, inclusives et éthiques.

Né dans les années 2000 aux États-Unis, le concept d’investissement à impact vise ainsi à concilier performance sociétale et financière en soutenant des projets qui génèrent des externalités positives dans de multiples secteurs (santé, énergie, éducation, etc.).

Parmi les acteurs engagés dans cette démarche figurent des sociétés de gestion d’actifs. C’est le cas de Phitrust, qui gère des fonds d’investissement dédiés au développement d’entreprises européennes non cotées et porteuses d’une vision inclusive de la société (entreprises d’insertion par l’activité économique, de formation et d’éducation pour les personnes en situation de décrochage scolaire ou en recherche d’emploi, habitat social, accès à la santé, économie circulaire, inclusion financière…). Ou encore de Mirova, filiale de Natixis (groupe BPCE), dont l’ensemble des fonds concilie performance financière et impact environnemental et social. La dernière stratégie de private equity de Mirova a notamment été créée pour accélérer le développement d’entreprises à impact social qui s’appuient sur l’innovation numérique pour adresser des problématiques variées (éducation, formation, prévention, santé, consommation responsable, diversité, inclusion).

« Tout au long du processus d’investissement, nous récoltons et traitons des données qui nous permettent de suivre et de mesurer l’impact des projets mais aussi, plus largement, de challenger les entreprises d’un même secteur sur des enjeux communs »

Judith-Laure Mamou-Mani
Judith-Laure Mamou-Mani , Senior Investment Director chez Mirova

Quels outils et méthodologies pour évaluer l’impact social ?

« La question de l’impact intervient à chaque étape de notre processus d’investissement, au même titre que la pérennité économique des entreprises que l’on étudie : due diligence, décision d’investissement, définitions avec le dirigeant des critères d’impact qui seront inclus dans notre pacte d’actionnaires, suivi et reporting, obligation de moyens mis en œuvre pour poursuivre l’impact après notre sortie. C’est un critère de décision et d’arbitrage qui nous permet de réaliser les bons investissements, en cohésion avec notre thèse d’investissement », explique Danaé Becht.

Cette exigence se retrouve également chez Mirova, où l’analyse d’impact constitue le premier filtre de sélection des projets. Dès la phase d’investissement, un business plan dédié à l’impact est élaboré en parallèle du business plan financier pour fixer un cap assorti d’objectifs aux participations accompagnées. « Tout au long du processus d’investissement, nous récoltons et traitons des données qui nous permettent de suivre et de mesurer l’impact mais aussi, plus largement, de challenger les entreprises d’un même secteur sur des enjeux communs », ajoute Judith-Laure Mamou-Mani.

Concrètement, plusieurs outils existent pour évaluer l’impact, à l’instar de la grille d’analyse des risques développée par l’Impact Management Platform (IMP), un forum regroupant les grandes organisations internationales actives autour de l’investissement à impact. Néanmoins, l’impact social d’un projet reste complexe à mesurer car il nécessite de prendre en compte à la fois des aspects qualitatifs et quantitatifs, voire de développer des indicateurs spécifiques.

Pour Neosilver, une société qui favorise le lien social et prévient la perte d’autonomie des personnes âgées1, l’impact social est par exemple corrélé à la progression du bien-être des seniors. Mais comment mesurer le bien-être ? « Nous nous sommes fait aider par des équipes de recherche et des consultants pour définir un indicateur consolidé sur le bien-être, qui puisse être transposable à d’autres entreprises et secteurs d’activité », précise Judith-Laure Mamou-Mani. Mirova dispose en effet d’un centre de recherche interne qui crée des indicateurs d’impact sociaux et les partage en open-source, tout en réalisant un travail important de recensement d’études scientifiques, d’économétrie et de comparaison d’indicateurs émanant de différentes régions du monde.

Alenvi, une société du portefeuille de Phitrust, s’est quant à elle attelée à un triple impact : revaloriser le métier des auxiliaires de vie, essentiel au quotidien, déployer des formations pour ces acteurs du care, et déployer des maisons partagées pour accueillir des personnes atteintes d’Alzheimer dans lesquelles travaillent des auxiliaires formés et salariés. Le tout en essayant autant que possible de proposer une tarification adaptée aux ressources des personnes âgées. Mais comment mesurer de tels impacts ? Pour y parvenir, Alenvi s’est doublement engagé dans cet exercice, à la fois pour eux-mêmes et pour leurs financeurs présents et futurs : sur une base très quantitative (SROI) et aussi en développant leur propre indice d’alignement humain pour s’assurer que la manière d’exercer leur métier était conforme à leurs valeurs et source de bien-être.

En l’absence de taxonomie sociale à l’échelle européenne pour orienter les décisions d’investissement dans ce domaine, les deux invitées recommandent donc de s’appuyer sur une combinaison d’indicateurs spécialisés et standardisés, voire d’en co-construire avec les entreprises, pour assurer un suivi d’impact à la fois quantitatif et qualitatif dans la durée. Pour cela, les indicateurs sélectionnés doivent être les plus pertinents possibles au regard de l’activité, transposables à d’autres entreprises, en nombre resserré, et prendre en compte d’autres aspects que le chiffre d’affaires.

« La mesure de l’impact doit devenir un outil opérationnel et stratégique utilisé au quotidien par les entreprises, y compris par les membres de leur gouvernance pour construire et maintenir une vision à long-terme »

Danaé Becht
Danaé Becht , Chargée d’investissement senior chez Phitrust

Trajectoire d’impact et enjeux ESG : quels liens ?

Une fois les indicateurs sélectionnés, la collecte et l’analyse des données afférentes permettent de suivre chaque année la trajectoire d’impact des projets. « Le plus important chez Phitrust, c’est d’échanger autour de ces données pour que la mesure de l’impact devienne un outil opérationnel et stratégique utilisé au quotidien par les entreprises, y compris par les membres de leur gouvernance pour construire et maintenir une vision à long-terme », explique Danaé Becht.

Si cet exercice de comparaison annuelle implique de conserver les indicateurs initiaux, certains modèles d’entreprises peuvent néanmoins évoluer avec le temps, notamment pour les plus jeunes d’entre elles. Des indicateurs peuvent dans ces cas être ajoutés ou modifiés ultérieurement, sans pour autant s’éloigner de la trajectoire définie à l’origine du projet.

De son côté, Mirova distingue la trajectoire d’impact des enjeux ESG, pour lesquels ses sociétés sous gestion doivent se conformer à une feuille de route développement durable. Celle-ci couvre des aspects plus larges que le seul champ social et permet ainsi d’agir sur les externalités négatives des entreprises de manière systémique. « Nous réalisons un bilan carbone pour toutes les sociétés que nous accompagnons et les incitons à prendre également en compte leur impact environnemental sur des aspects très diversifiés comme l’efficience énergétique ou l’éco-conception logicielle », énonce Judith-Laure Mamou-Mani.

Car l’un ne va pas sans l’autre. Si l’ADN de Phitrust est de mettre en premier lieu la réalisation et la pérennisation de l’impact social des entreprises financées, les équipes poussent également les dirigeants vers l’intégration des enjeux ESG. En tant qu’acteur économique, les entreprises sont toutes concernées par ces enjeux globaux. C’est pourquoi, Phitrust sensibilise et suit aussi ses participations sur ce volet. « Nous avons développé un guide sur l’ESG à destination des entreprises que nous accompagnons afin de leur transmettre des informations sur les indicateurs, la manière de réaliser un bilan carbone, les outils disponibles en open source… et, ainsi, de les aider à progresser sur des enjeux essentiels », déclare Danaé Becht. 

Qu’elle soit environnementale ou sociale, l’évaluation de l’impact n’est donc pas chose aisée mais reste cruciale tout au long de la vie d’une entreprise. Elle peut également être facilitée, pour les sociétés de gestion d’actifs, par certains outils digitaux.

« L’impact social est encore plus difficile à évaluer par des indicateurs que l’impact environnemental – c’est la première étape avant qu’une approche data puisse aider l’investissement à impact, et nous en sommes au début. » -

Clémence Knaébel
Clémence Knaébel , Directrice Conseil, Innovation et Développement durable chez Publicis Sapient 

Recueil, analyse et suivi des données : quelle place pour les outils digitaux ?

La mesure de l’impact social s’appuie sur d’importantes quantités de données. Au sein du groupe BPCE, auquel appartient Mirova, une IA générative a été développée en interne sur le modèle de ChatGPT pour faciliter le quotidien des équipes tandis qu’une réflexion est en cours pour automatiser certaines tâches, comme la génération de notes d’analyse. Le fournisseur de données financières PitchBook est aussi très utilisé. Cet outil répertorie au niveau mondial des informations sur les marchés boursiers, les fusions-acquisitions, les entreprises privées, le capital-investissement, le capital-risque et, depuis peu, les transactions du secteur de l’impact. Néanmoins, les données concernant l’impact restent rares et PitchBook ne recense pas d’indicateurs standardisés sur l’impact social.

Avec un recul de 20 ans sur l’investissement à impact social, Phitrust a fait évoluer et enrichi ses méthodes d’analyse, en se basant sur des ressources existantes comme l’IMP et d’autres. La collecte et l’analyse des données se fait pour l’instant en interne et non via des plateformes pour garder la main sur les résultats tout en garantissant leur pertinence. L’idée est bien de continuer à étudier les outils de collecte de données pour choisir à terme celui qui répondra au mieux à ses exigences. Avec beaucoup de précautions, car dans le domaine du « Social first » tout n’est pas mesurable : il faut donc tenir les deux, données quantitatives et qualitatives. 

À cela s’ajoute, dans les deux cas, une nécessaire activité de reporting pour communiquer auprès des investisseurs sur les impacts des sociétés accompagnées. Rapports d’activité et d’impact, mappings des portefeuilles… sont autant d’outils de communication utilisés pour rendre compte des performances et, au-delà, démontrer la contribution de l’investissement à impact à un avenir plus durable et équitable !

« On observe la même dynamique dans les propositions des Fintech à destination du grand public, où l’impact environnemental est un thème plus facile à mettre à l’échelle que l’impact social » -

Sylvain Roux
Sylvain Roux , Innovation Strategy Manager chez Publicis Sapient

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